mercredi 21 mai 2008
"Tout le monde s'en va" de Wendy Guerra
On entre dans le journal de Wendy Guerra comme on entre en enfance, sur la pointe des pieds, mal assuré. Bien vite l’écho de la voix de la petite fille résonne en nous, nous accompagne. Nous explorons à ses côtés un univers inconnu, celui de Cuba, l’île aux silences. Wendy Guerra dira à ce propos : « à Cuba, le silence peut être répression, peur, douleur ».
Son journal, son refuge, ploie sous les questions sans réponse, les larmes et le poids de l’injustice. Enfant jetée trop tôt dans un monde d’adulte qu’elle interprète à sa façon avec le peu d’outils dont elle dispose et qu’elle déforme sans doute quand la réalité lui échappe.
Adolescente prisonnière comme le papillon qui bute sans cesse contre la vitre alors que d’autres s’envolent vers la liberté. Elle s’éveille à l’art et à l’amour. L’écriture témoigne avec précision, s’épanouie, exulte. Si le temps qui passe nous donne à voir la naissance d’une femme, en parallèle se profile celle de l’écrivain qui se libère des hésitations de l’enfance.
Cuba, quatre lettres qui tombent comme un couperet, qui nourrissent inévitablement le fantasme de l’ailleurs, le désir de fuir. La chute du Mur a mis fin à l’idéal communiste et nombre de Cubains se réfugient dans l’art pour fuir une réalité très dure. « Je vis dans un pays où la solitude est un bonheur car on vit dans le collectif » affirme Wendy Guerra. Peut on imaginer quand on vit librement que l’exclusion volontaire est un bien inestimable pour d’autres ?
Pour finir, quelques lignes de Wendy :
« La lecture de mes journaux d’enfance et d’adolescence a représenté un voyage vers la douleur. Elle m’a retournée comme un gant, mais à l’intérieur du gant j’ai découvert la soie, celle que je n’avais jamais remarquée parce que je m’étais contentée de tanner le cuir en surface pour supporter les coups de ces dernières années. » (Tout le monde s’en va P.10)
Pour en savoir plus jetez un coup d'œil ici ou là.
Bonne lecture !
lundi 12 mai 2008
Ouessant...une île entre le ciel et l'eau !
La traversée anticipe le dépaysement. Quitter le continent c'est se quitter soi-même, laisser ses habitudes en plan sans autre forme d'explication.
Sur le bateau la foule compacte repousse l'image de l'étendue insulaire. Avides d'océan et d'air salé les passagers s'entassent sur le pont extérieur pour goûter plus vite la promesse de Molène ou d'Ouessant. Je vais et je viens du pont inférieur au supérieur pour happer moi aussi du salin sur le bout de mes lèvres. 
Bientôt le brouillard nous enveloppe, gomme l'horizon, suggère un autre temps. L'humidité pèse de tout son poids, prévient qu'ici, elle règne sans partage n'en déplaise à la corne de brume qui s'égosille depuis la terre ferme. le bateau fend l'écume, imperturbable. Je m'attends à tout instant à voir surgir "Le Caleuche", le bateau fantôme de l'île de Chiloé. Dans mon sac à dos le merveilleux livre de Francisco Coloane "Le sillage de la baleine". Quoi de plus naturel que de nourrir son imaginaire d'une autre île, d'un autre voyage. De faire corps et esprit avec l'intermède insulaire.
Au loin, un lavis ocre et bleu annonce la fin du rêve.
Lampaul concentre le passé et le présent, l'immuable et l'éphémère, la dureté du granit et le superficiel en quête de dépaysement.
Progression sitôt entamée, sitôt interrompue. P'tit Louis, marin au long court en mal d'échanges humains saisit l'attente comme une invitation. En un quart d'heure il nous fait faire le tour du monde. Ouessant se métamorphose au fil de son récit. Des grands lacs québécois au Chili de Pinochet. De la côte africaine aux confins de la Russie, le vieux évoque cent détails et truffe d'anecdotes le catalogue de son existence. Le ton est savoureux, le vocabulaire coloré comme le plumage d'oiseaux amazoniens.
Bientôt la côte su Stiff s'étire sous nos pas...
... sauvage, déserte, émergence rocheuse sous l'herbe ronde et grasse.
Depuis des millénaires les vagues se brisent sur ces côtes déchirées, obstinées, elles ont choisi la mort violente. La noblesse à la paresse d'une agonie sur le sable. Sans doute rêvent-elles d'engloutir un jour cette excroissance granitique poussée là par on ne sait quel caprice.

