lundi 12 mai 2008
Ouessant...une île entre le ciel et l'eau !
La traversée anticipe le dépaysement. Quitter le continent c'est se quitter soi-même, laisser ses habitudes en plan sans autre forme d'explication.
Sur le bateau la foule compacte repousse l'image de l'étendue insulaire. Avides d'océan et d'air salé les passagers s'entassent sur le pont extérieur pour goûter plus vite la promesse de Molène ou d'Ouessant. Je vais et je viens du pont inférieur au supérieur pour happer moi aussi du salin sur le bout de mes lèvres. 
Bientôt le brouillard nous enveloppe, gomme l'horizon, suggère un autre temps. L'humidité pèse de tout son poids, prévient qu'ici, elle règne sans partage n'en déplaise à la corne de brume qui s'égosille depuis la terre ferme. le bateau fend l'écume, imperturbable. Je m'attends à tout instant à voir surgir "Le Caleuche", le bateau fantôme de l'île de Chiloé. Dans mon sac à dos le merveilleux livre de Francisco Coloane "Le sillage de la baleine". Quoi de plus naturel que de nourrir son imaginaire d'une autre île, d'un autre voyage. De faire corps et esprit avec l'intermède insulaire.
Au loin, un lavis ocre et bleu annonce la fin du rêve.
Lampaul concentre le passé et le présent, l'immuable et l'éphémère, la dureté du granit et le superficiel en quête de dépaysement.
Progression sitôt entamée, sitôt interrompue. P'tit Louis, marin au long court en mal d'échanges humains saisit l'attente comme une invitation. En un quart d'heure il nous fait faire le tour du monde. Ouessant se métamorphose au fil de son récit. Des grands lacs québécois au Chili de Pinochet. De la côte africaine aux confins de la Russie, le vieux évoque cent détails et truffe d'anecdotes le catalogue de son existence. Le ton est savoureux, le vocabulaire coloré comme le plumage d'oiseaux amazoniens.
Bientôt la côte su Stiff s'étire sous nos pas...
... sauvage, déserte, émergence rocheuse sous l'herbe ronde et grasse.
Depuis des millénaires les vagues se brisent sur ces côtes déchirées, obstinées, elles ont choisi la mort violente. La noblesse à la paresse d'une agonie sur le sable. Sans doute rêvent-elles d'engloutir un jour cette excroissance granitique poussée là par on ne sait quel caprice.

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