samedi 27 octobre 2007
Lewis Hine : un photographe au coeur des hommes.
A l’heure où le niveau de la télévision frôle le degré zéro il me paraît salutaire de fuir à toutes jambes ce désert culturel pour s’abreuver à d’autres sources. Internet regorge de documents et les bibliothèques d’ouvrages en tous genres. On peut donc sans se saigner aux quatre veines s’instruire et se cultiver. Et cesser de penser par la même occasion qu’il faut obligatoirement consommer pour exister.
Après m’être approchée, sans
toutefois m’y brûler, de l’univers de Diane Arbus, j’ai eu envie d’étudier plus
en détail l’oeuvre de Lewis Hine, un photographe documentaire du début
du 20 ème siècle.
Une citation de Hine himself pour commencer :La photographie est un outil au service d’une cause. Proche du Mouvement Progressiste aux Etats-Unis, Hine n’aura de cesse de dénoncer l’injustice, de militer en faveur du changement et de l’amélioration du niveau de vie des plus défavorisés.
L’oeuvre de Lewis Hine s’articule autour de 5 grands thèmes, chronologiquement :
Les
immigrants de Ellis Island.
Le
travail illégal des enfants.
L’étude
sociologique d’une ville : Pisttburgh.
L’homme
et la machine.
La
construction de l’Empire State Building.
- Dès 1904, sous l’impulsion de Frank Manny (un des leaders du Mouvement Progressiste), fraîchement nommé directeur de la Culture School de New York, Hine entreprend un reportage sur les immigrants d’Ellis Island.
* Petit rappel historique : Entre 1880 et 1914 c’est 9 millions d’immigrants qui débarquent dans le port de New York (venant pour la plupart de régions agricoles de l’Europe du Sud et de l’Est. Majoritairement juifs ou catholiques, peu instruits et ne parlant pas l’anglais). Pour survivre, ils acceptent des emplois sans qualification, mal payés et habitent les logements insalubres des quartiers chers et surpeuplés.
- Parallèlement Hine Inventorie avec minutie les emplois qu’occupent les enfants. Photographiés sur leur lieu de travail : l’usine, la rue, leur domicile, les sujets évoluent dans un environnement que Hine nous restitue dans le détail. Ainsi nous livre t’il une vision sans concession des conditions de vie la classe ouvrière de l’Amérique du début du 20 ème siècle.
Défenseur infatigable de la cause
des enfants, il ne cesse de dénoncer à mesure qu’il parcourt le pays
l’injustice dont ils sont victimes. Révolté par leurs conditions de vie,
jugeant qu’on leur vole leur enfance, il écrit : En même temps que le
textile, les usines produisaient de la déchéance humaine.
En mission pour le compte de la
N.C.L.C. (Comité National Contre le Travail des Enfants), il veut grâce à ses
photographies et aux légendes précises qui les accompagnent alerter l’opinion
publique et faire bouger les choses. Il n’hésite pas à frapper les esprits en
notant : Les enfants peuvent échapper aux mâchoires de la machine mais
ils ne peuvent échapper à l’abrutissement dû au labeur monotone et sans fin, à
l’absence de toute scolarisation, à un environnement pervers...
- En 1907 Paul Kellogg (éminent militant progressiste) lui demande d’illustrer une étude sociologique de Pittsburg. Le but étant de donner une image précise du monde du travail dans la société industrielle moderne.
- En 1908, il devient photographe itinérant et parcours le pays pour faire un état des lieux. Se concentrant sur les zones agricoles l’été et les usines textiles et les conserveries l’hiver, il enregistre la vie quotidienne des ouvriers. (30 ans plus tard, pour le compte de la FSA - Farm Security Administration - Walker Evans, Ben Shahn et Dorothea Lange marcheront sur ses traces, et témoigneront à leur tour de la pauvreté qui écrase le monde rural).
- En 1918, il part en France photographier les activités de la Croix Rouge dans une Europe ravagée par la guerre.
- En 1930 alors qu’il songe à abandonner la photographie, il obtient, le statut de photographe officiel de l’Empire State Building compagny. Il suit quotidiennement la construction de ce célèbre gratte ciel. Installé sur un ascenseur spécial il enregistre la mesure de la démesure. Situe l’homme face au gigantisme des structures métalliques. Saisie des moments de poésie quand l’humain touche au céleste.
Hine a réalisé des milliers de clichés. On peut en parcourant la toile avoir un réel aperçu de sa production. Pour cela vous pouvez exploiter les liens suivants :
- Le travail des enfants aux Etats Unis entre 1908 et 1912
- La construction de l'Empire State Building
- La collection de Eastman
- Enfin, un site de très belles photos de collectionneurs : Shorpy
mardi 23 octobre 2007
Aux frontières du réel !
vendredi 19 octobre 2007
Voyage en imaginaire
Quand la réalité m'ennuie j'invente un autre monde.
mardi 16 octobre 2007
Diane Arbus
Je
relis en ce moment l’incontournable bouquin de Susan Sontag sur la
photographie , un livre pertinent, d’une grande
intelligence. Dans le chapitre intitulé : l ‘Amérique au travers
le miroir obscur des photographies elle passe au crible l’oeuvre de Diane
Arbus, l’étudie à la loupe pour mieux comprendre l’histoire de ses concitoyens.
Elle écrit : Les photographies de Diane Arbus sont
porteuses du message anti-humaniste par lequel les hommes et les femmes de
bonnes volonté des années soixante-dix veulent être dérangés. La société
prend ses distances, elle n’entend plus contempler le beau. La photographie est
désormais libre d’explorer le sordide, la banalité du quotidien, la monotonie
de l’existence, la laideur.
Quelques repères biographiques : Diane Arbus naît dans un riche
milieu juif New Yorkais, fille d’un fourreur elle évolue dans un monde protégé,
loin d’une autre Amérique moins privilégiée, plus sombre. A dix huit ans elle
épouse Allan Arbus avec lequel elle formera un couple fusionnel. Ensemble ils
font des photos de mode. A 35 ans elle fait la connaissance de Lisette Model et
suit ses cours. Une rencontre qui se révélera capitale. Model dira : "Je devais pousser Diane et lui faire toucher le fond de
son angoisse qui la fascinait autant qu'elle la happait et qu'elle voyait comme
le Mal".
Commence alors une avancée solitaire dont elle ne reviendra
pas. Photographe de la différence, de l’étrange, elle sillonne New York en
quête d’un autre monde. Celui des clochards et des travestis, des géants et des
prostituées, des êtres ordinaires sur lesquels elle pose un regard étrange.
Sontag écrit à ce propos : "sa sensibilité pouvait, par le truchement de
l’appareil photo, instiller l’angoisse, la perversité, la maladie mentale dans
n’importe quel modèle. Quiconque était photographié par Arbus était un
phénomène. Et ajoute
ceci : Elle se spécialisait dans
les effondrements individuels au ralenti, qui ont pour la plupart commencé avec
la naissance du sujet.
Une
dizaine d’années durant Diane Arbus part en quête de l’Autre : plongée
vertigineuse dans un au delà. Nécessité de nourrir sa fascination pour la
différence. Soif inextinguible de la transgression. Photographier des monstres m’excitait terriblement, expliquait-elle. J’étais tout
simplement folle d’eux.
Savait-elle qu’on ne revient pas de certains voyages trop lointains ? En 1971, suite à une grave dépression, elle se suicide.
Des liens pour en savoir plus :ici un article sur la biographie que Patricia Bosworth lui a consacrée.
là un montage de photos.
Un article d'Anita Béquié sur Transatlantica pour l'exposition au Victoria and Albert Museum de Londres en 2006.
Un article de Magali Jauffret pour L'Humanité à la même occasion
Et, un document rare, Arbus parlant de son travail à des étudiants. C'était en 1970, un an avant sa mort.
Enfin quelques citations de Dianes Arbus, glanées ici ou là.
- Une photographie est un secret à propos d'un secret. Plus elle vous en dit, moins vous en saurez.
- Si la curiosité avait été ma seule motivation, il m'aurait été difficile de dire à quelqu'un :"Invitez moi chez vous et racontez moi l'histoire de votre vie." On m'aurait traitée de folle. Mais l'appareil photo est une sorte de sésame.
- Je suis persuadée que les gens ignoreraient l'existence de certaine choses si je ne les avais pas photographiées.
- Enfant, ma mère me disait : "couvre toi pour ne pas attraper froid." Une fois adulte je me suis autorisée à ne pas me couvrir pour vérifier si oui ou non j'attrapais froid. La photo pour moi c'est un peu ça.
- Rien n'est jamais conforme à ce qu'on dit.
- Ce que je préfère c'est aller où je n'ai encore jamais mis les pieds.
- J'avais toujours pensé que le photographie était une occupation diabolique. C'était là un de mes sujets de réflexion favoris, et je me suis sentie vraiment perverse la première fois que je m'y suis livrée.
















